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(5225) COMMUNION ★

total rectal de Philippe Mora avec Christopher Walken, Lindsay Crouse, Frances Sternhagen, Andreas Katsulas, Terri Hanauer, Joel Carlson et John Dennis Johnston. Scénario: Whitley Streiber, d’après son livre. Musique: Eric Clapton et Allan Zavod. Montage: Lee Smith. Photo: Louis Irving. Durée: 1h47 - 1989 - 15/5/13 - USA/GRANDE-BRETAGNE - TF: “Communion”
ATTENTION SPOILERS
J’aurais pu me retrouver sur mon lit de mort, dans très très très longtemps, hamdoullah, sans découvrir l’existence d’un film de 1989 élégamment intitulé Communion.
Je n’en avais jamais entendu parler, je n’avais vu ni extraits ni bande-annonce, j’avais même raté ce titre dans la filmographie de l’un de mes acteurs préférés, Christopher Walken.

Et puis, en ce 28 Avril 2013, voilà’t’y pas que Communion entre dans ma vie par le biais d’un message envoyé par mon ami JB, qui, connaissant mon amour pour Walken et pour les nanars, s’est dit que je ne pouvais passer à côté d’une œuvre qui réunit visiblement ces deux facteurs susceptibles de faire de moi un cinéphile heureux et bien entendu, j’ai mordu à l’hameçon avec la même naïveté qu’un touriste prêtant attention à la pétition tendue par un Rom dans les rues de Paris.

C’est donc ainsi que je découvrîme enfin Communion et ma foi, ça vaut son pesant de cacahuètes comme on dit dans les usines Curly.
Bon, déjà, dans la forme, le film ressemble à un mauvais téléfilm comme ceux qu’on peut voir les après midi sur M6 avec une mise en scène d’une magnifique platitude que seuls les étudiants de la FEMIS, le cerveau parasité par une formation véhiculée par des profs plus poussiéreux qu’un vieux grenier dans un manoir de film d’horreur, pourraient éventuellement oser en pensant faire du grand art.
La soupe solo guitare/nappe de synthé, concoctée par Eric Clapton himself + les fringues improbables des comédiens estampillées 100% eighties, finissent de rendre ringard Communion deux minutes seulement après son début.

Pas de suspens, pas de faux espoirs, pas d’attente particulière, le film va être particulièrement mauvais d’un point de vue formel, reste donc à découvrir ce qu’il réserve dans le fond.
Et là, c’est juste magique. Tiré d’une histoire vraie comme le précise la phrase qui apparait sur l’écran après le générique Claptonesque ( Based on true experiences of an american family), Communion raconte les mésaventures d’un écrivain en manque d’inspiration, Whitley Strieber (Walken tout en chapeau et lunettes) qui, lors d’une nuit dans sa maison de campagne qu’il partage avec sa femme, son jeune fils et un couple d’amis, va vivre une rencontre nocturne de type extra-terrestre avec flot de lumière éblouissante et doigt alien télescopique avec Maglite intégrée façon E.T. qui touche le front de Whitley tandis qu’il est assis dans un fauteuil car Whitley, quand il se réveille en pleine nuit, découvre sa maison envahie par une lumière chelou, et entend des bruits de type étrange un peu partout, il panique pas (moi je me serais mis à pleurer et à hurler jusqu’à ce que ça s’arrête) et s’assoit tranquillou dans un fauteuil le temps que ça se passe.

Du coin de l’œil, Whit aperçoit également un forme étrange dans le couloir de la maison, mais tout pareil, ça le fait pas bondir plus que ça, tandis que moi, spectateur, je pleure de rire en découvrant un bout du design incroyable des envahisseurs, même que dans les années 20 on faisait mieux niveau effet spécial.

Alors le lendemain, à la table du petit déjeuner, ça discute sévère de ce qui s’est passé la nuit précédente. Pour Whitley, ça ne fait aucun doute, c’était un rêve. Non, c’était pas un rêve lui répond son ami, un grand roumain je crois. Y’avait plein de lumière dit le roumain. Alors c’était la lune dit Whitley. Non c’était pas la lune affirme le roumain. Alors c’était un rêve insiste Whitley. Le roumain est pas d’accord. On imagine alors que cette conversation va durer pendant deux heures mais heureusement, le grand roumain y coupe court en se mettant à beugler « ramène nous en ville tout de suite ». Et on le remercie car on a senti que Whitley était prêt à assurer à son copain que c’était la lune.
Bon, ensuite, Whitley réfléchit toujours à sa pièce de théâtre à écrire et il le fait en slip et en Santiags, parce que c’était ça aussi les années 80, le droit au ridicule en toute circonstance.
Ensuite, alors qu’il participe à une soirée Halloween, Whitley voit une citrouille, ce qui n’est pas si rare lors des soirées Halloween.

Sauf que lui, il voit ensuite la citrouille se transformer en un immonde extraterrestre et il se met à hurler de peur, ce qui effraie son fiston et met en colère sa femme qui lui reproche d’être un môme car y’a qu’un môme pour avoir peur d’un déguisement d’Halloween et elle est tellement furax la meuf que pour la calmer, Whitley décide d’aller passer Noel à la maison de campagne.
Heureusement que c’est Walken qui joue Whitley sinon je suis pas certain que j’aurai tenu jusque là, tant les autres comédiens sont à chier. Alors que lui, même dans un rôle tout pécrave, il est ouf, il est possédé, il est à fond, il en fait des caisses, il joue de son regard halluciné, il cabotine, tempête, ricane, grimace et éructe, et c’est un plaisir coupable de voir cet acteur démentiel se fourvoyer avec autant d’énergie dans cet improbable nanar météphysico-pacotillo-science-fictionnesque.

Bon, la nuit de Noel dans la maison de campagne va se révéler pire que celle avec le gros roumain.
Dès que la famille se couche, bim, les lumières reviennent. Et cette fois, Whitley et carrément kidnappé par des gros nabots bleus.

Même que les nabots lui enfoncent une aiguille dans la tempe.

Le lendemain, Whitley se sent pas en forme. Il a mal à la tempe. Mais le soir, rien ne va plus. Terrorisé par un nuage qui passe dans le ciel, le voilà qui s’empare d’un gros fusil à pompe chargé (comme en possède toute bonne famille américaine) et il inspecte à la maison de campagne à la recherche d’un éventuel intrus mais il ne tombe que sur un gros nounours dans le placard avec des gros yeux qui font un peu peur.

Mais quand il croit voir un gnome bleu il tire et manque blesser sa femme qui cette fois, est tellement en colère qu’elle l’oblige à aller voir un médecin.

Le doc, quand Whitley lui parle des little blue doctors qui l’ont enlevé, lui conseille alors d’aller voir une hypnotiseuse.

Mais la séance perturbe encore plus notre pauvre Whitley qui s’enfuit ensuite en prenant un bus et là, à la place des passagers, il voit que des gens à tête d’insectes, avec des effets spéciaux plus ringards que ceux de La Mouche Noire en 1958.

De plus en plus convaincue que son mari à un pète au casque, Anne l’oblige à se rendre chez un médecin censé déterminer si Whitley souffre d’épilepsie.

Cela donne lieu à une séquence scientifico-foutraque dans un cabinet médical avec des machines qui font le même bruit qu’une console de jeu Seb sur laquelle on jouerait au ping-pong.

Mais le résultat est négatif, tout va bien dans la tête à Whitley. Alors que se passe-t-il donc ?!
Et bien Whitley (et par ricochet le spectateur incrédule de ce film fou fou) découvre ensuite que sa femme et son fils aussi ont vu les schmurtz bleus. Alors là, ça devient dinguo. Whitley est persuadé que sa famille est en danger et qu’il lui faut résoudre l’énigme au plus vite s’il ne veut pas les perdre.
Alors ni une ni deux il refonce chez l’hypnotiseuse pour une séance en profondeur et là, pour ce qui suit, Communion vaut le coup d’être découvert. Pour ce qui suit, mon attirance pour les nanars est justifiée. Car ce qui suit, on les voit pas ailleurs que dans ces péloches niquées du cerveau qui osent tout en se foutant royalement des règles, du bon gout, de la cohérence, et de tout ce qui fige le cinéma mainstream dans le déjà-vu et le pas surprenant.

Donc Whitley revit dans le détail la fameuse nuit de Noel de la maison de campagne.
Et c’est ainsi qu’on le voit, embarqué par les nains bleus, dans une pièce bizarre où Whitley se retrouve torse poil avec une serviette de bain autour des hanches, du kohl soulignant ses yeux, à papoter avec les little blue doctors.

A chaque nouvelle progression de Whitley dans ses souvenirs, Mora le filme sur le fauteuil de l’hypnotiseuse et balance un travelling compensé façon Martin Brody sur la plage.

Très content de son effet, Mora en enchaine à peu près 12 478 d’affilé, ce qui fait beaucoup de travellings compensés.

Mais vu tout ce qu’il dévoile, on comprend qu’il ait envie de souligner l’importance du choc.
Parce que figurez-vous que Whitley, après avoir tapé la discute avec les gnomes, en chope un pour lui rouler un palot. Ce qui a pour conséquence d’exciter ledit gnome qui, ni une ni deux, s’en va chercher un tuyau extra-terrestre dont l’embout ne va pas tarder à finir directement dans le cul de Whitley.

Devant l’écran, on est considérablement gênés par l’incongruité d’un tel spectacle qui nous laisse comme deux ronds de flancs, aussi déstabilisés que si on venait de surprendre une bande de gens tout nus en train de se frotter à un faux squelette de dinosaure.

Après l’introduction du tuyau dans son fondement, Whitley, délire un peu dans sa pièce zarbi tandis que des mômes surgissent et jouent avec les gnomes affreux.

Forcément, on sort de la séance aussi remués que Whitley. Cette fois, l’heure est grave. Il faut parler de tout ce qui s’est passé. Ça tombe bien, l’hypnotiseuse connait un groupe de gens qui ont vécu des chelouteries similaires et aiment se réunir pour en discuter comme des dames autour d’un Tupperware.
Mais les conversations sont plus marrantes puisque la plupart des gens ont également subi la délicatesse de la sonde anale et comme c’est dit dans les dialogues avec beaucoup de sérieux, ça fait beaucoup rigoler.
A ce moment du film, je pense avoir dépassé la crête du farfelu et que le dernier quart d’heure va se révéler bien fade comparé à la séance de hammam extra-terrestre avec introduction anale.

Que nenni. Pour en finir une bonne fois pour toute avec ces visiteurs étranges, Whitley se met sur son 31, esquisse quelques pas de claquettes (Walken, en roues totalement libres) et annonce à sa femme qu’il part acheter des cigarettes.
Anne réagira alors cinq minutes après que la porte se soit refermée derrière son mari en disant à voix haute : « mais tu fumes pas. »
Trop tard, Whitley fonce déjà vers la maison de campagne et hop, dès son arrivée, il voit une sphère lumineuse dans laquelle il s’engouffre et retrouve ses camarades de jeux anaux avec lesquels il s’éclate à enchainer les salutations, les révérences, les namasté et les check, jusqu’à ce qu’un des gnomes lui fasse un pied de nez ce qui fait éclater de rire Whitley.

Mais juste après cette franche partie de déconnade à te faire passer une soirée de Springbreak pour un séminaire luthérien, ça tourne au vinaigre balsamique.

Voilà Whitley face à lui-même mais en version Mandrake, assisté par une dame avec décolleté et sourire de circonstance.

Le Whitley moustachu dévoile alors le vrai visage de l’alien en chef, pas le gnome mais le tout fin qu’on avait entraperçu au début.

Le visage est pas beau mais le Whitley sans moustache ne croit pas qu’il s’agisse là de la vraie nature de l’alien, il dit que c’est comme une boite chinoise, on ouvre et y’a toujours une autre boite et je saurais jamais à quoi vous ressemblez en vrai et le Whitley moustachu rigole et lui répond qu’il a raison et à ce stade, on a l’impression, devant le canapé, d’avoir sombré dans la folie tellement c’est portnawak total.

Après cette confrontation à te faire péter les neurones si tu cherches à en trouver le sens, Whitley rentre chez lui soulagé. Sa femme le lui dit, elle fait come ça « t’as l’air soulagé » et c’est vrai, il a l’air mieux le Whitley.
On voit absolument pas en quoi avoir croisé son double moustachu après avoir fait des checks avec des gnomes qui enfoncent des sondes dans le derche peut soulager un homme mais c’est ainsi, après tout qui suis-je pour juger, il s’agit d’une histoire vraie. Même que c’est le vrai Whitley qui a écrit le scénario d’après son propre livre dans lequel il raconte cette histoire avec des tuyaux.

Ensuite, la réalisation de Mora devient complètement tarée et Whitley et Anne s’adresse l’un à l’autre en champs contre champs mais face caméra, les yeux rivés dans l’objectif, comme s’ils nous parlaient à nous, avec en fond une galerie d’art parce que je crois avoir lu que Mora est amateur d’art.

Et là, les comédiens se disent des trucs profonds, surtout Anne, persuadée que son mari, lors de ses nombreux contacts avec les E.T., était en fait en présence de l’un des nombreux visages de Dieu.

On a envie de lui demander quel genre de Dieu aime foutre des tuyaux dans le cul de ses ouailles mais bon, on s’abstient, parce qu’on sait qu’en fait, les acteurs dans les films ne nous entendent pas quand on leur parle.
A la fin, Whitley, à son bureau, dit encore des trucs fous fous, du genre « et si en fait les hommes étaient des larves et les gnomes bleus la version définitive de ce que doit être l’humanité ?» et là encore, on voudrait exposer notre point de vue à ce propos mais le seul interlocuteur de Whitley c’est un masque d’alien qui vole devant lui alors on préfère ne pas les déranger.

Et puis voilà, c’est fini, terminé, the end, générique de fin et c’est quand même un luxe de pouvoir faire des films comme ça, qui ne racontent rien, qui prennent un immense acteur et lui font faire n’importe quoi, le tout sur fond d’expérience alien plus ridicule que tout ce qui a été fait sur ce sujet, et que tout le monde mette autant de sérieux dans pareille entreprise, ça me met en joie, c’est ce qui fait un bon nanar au lieu d’un mauvais film, et Communion est incontestablement un SUPERBE nanar, du genre à nous laisser dubitatif, les yeux ronds, pas encore bien sur d’avoir pigé ce que l’on vient de voir durant 100 minutes et pour cette sensation là, pour ce petit frisson à la fois de honte et de plaisir coupable, je ne peux que remercier l’archéologue JB car sans ses travaux qui ont permis de déterrer cette pièce splendide du sarcophage de l’oubli dans laquelle elle moisissait, jamais je n’aurais eu le plaisir de voir mon Walken se prendre une sonde dans le fion et qui, sait, c’est peut-être cette scène qui a inspiré Tarantino pour la fameuse histoire de la montre en or.

Cinglé à point, exactement comme j’en raffole.
Publié le mai 16, 2013 with 1 note ()
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Artus de Penguern
1957 - 2013
Publié le mai 16, 2013 with 4 notes ()
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(5224) I LOVE YOU PHILLIP MORRIS ★★

prison heart break de Glenn Ficarra et John Requa avec Jim Carrey, Ewan McGregor, Leslie Mann, Rodrigo Santoro, Antoni Corone, Brennan Brown, Michael Mandell et Annie Golden. Scénario: John Requa et Glenn Ficarra, d’après le livre I Love You Phillip Morris: A True Story of Life, Love, and Prison Breaks de Steve McVicker. Musique: Nick Urata. Montage: Thomas J. Nordberg. Photo: Xavier Perez Grobet. Durée: 1h38 - 2009 - 13/5/13 - FRANCE/USA - TF: “I Love You Phillip Morris”
Ce soir là, j’avais décidé d’enfin voir Micmacs à tire-larigot parce que même si ça me disait trop rien, ma curiosité de cinéphile ne pouvait laisser passer un Jeunet, même si ce dernier avait commis l’immense faute de goût de prendre Dany Boon comme comédien principal.
Bon.
Au bout de 20 minutes de film, je devais me rendre à l’évidence : je ne suis pas humainement constitué pour supporter une niaiserie pareille, une vision aussi lamentable et manichéenne de la société, des dialogues aussi minables, un esthétisme aussi toc et surtout, surtout, la présence dans quasiment chaque plan de Boon, probablement le plus nullissime des comiques français à tenter de faire du cinoche, le voir piller le jeu de Chaplin est une épreuve, sa voix, son ton, sa seule et unique expression de visage, tout est atroce chez cet homme et je préfère mille fois me taper 90 minutes d’un nanar ridicule avec des filles toutes nues que m’infliger pareille torture et c’est ainsi qu’après un état de choc du à la consternation, je reprîme mes esprits pour stopper le visionnage de cette saloperie que je m’empressâte d’effacer immédiatement de mes enregistrements.
Un rejet assez rare, je suis d’habitude assez endurant avec les bouses, mais là, j’ai découvert que j’avais des limites.

Bref, je me rabattîme sur I Love You Philip Morris, ce qui dit comme ça semble sortir de nulle part en terme de transition mais en fait, c’était le film juste avant Micmacs sur le disque dur de ma freebox. Comme quoi, j’agis toujours selon une logique, le tout est de savoir qu’il y en a une.
Je fûtes soulagé de constater dès les premières minutes que j’avais bien fait de changer.

Tout est immédiatement bien dans ce film. Le ton, le rythme, l’humour, l’interprétation, la mise en scène, la musique, l’histoire…. En fait, I Love You Phillip Morris fait partie de ces quelques films à propos desquels il n’y a pas grand-chose à dire tant tout est quasiment inattaquable, du fait du sujet et des choix artistiques pour le mettre en scène.
C’est donc le portrait (et l’histoire vraie) de Steven Russell (Jim Carrey), un homme qui après un accident de voiture, décide de vivre sa vie librement et au lieu de rester le mari et père de famille aimant, religieux et honnête qu’il s’efforce d’être depuis des années, il affiche au grand jour son homosexualité et le train de vie débridé qu’il estime devoir aller avec.

Mais Steven se rend compte qu’ « être gay, ça coûte cher » et afin de garder son compte en banque rempli pour dépenser des fortunes en cocktails, fringues et montres en or, il devient arnaqueur professionnel à l’assurance.
Comme c’est Jim Carrey qui joue Steven, le personnage devient suffisamment taré pour rendre hilarantes des scènes toutes simples.

Le voir à genou au pied du lit en train de s’emmerder sévère tandis que sa femme n’en finit plus de prier Jésus, est à pleurer de rire.

Le voir étalé à côté d’une benne à ordure parce qu’il a mal visé son saut, est une image de comédie pure.
Tout ce que fait Carrey est extrêmement drôle sans toutefois tomber dans le grimaçage excessif qui enlèverait toute crédibilité à Steven. On est pas dans Ace Ventura, mais dans une histoire vraie, dans la véritable (et incroyable) vie d’un homme qui du jour au lendemain, a décidé de passer du côté obscur de la société pour illuminer son existence.

Évidemment, Steven se fait arrêter et il atterrit en prison où il va rencontrer Phillip Morris (Ewan McGregor) dont il tombe tout de suite éperdument amoureux.

Bon, là, c’est peut-être le seul défaut du film. Avoir choisit Ewan McGregor pour incarner Phillip Morris est une idée intéressante, mais le comédien opte pour une interprétation un poil caricaturale et tellement opposée à celle, exubérante, de Carrey, qu’il a tendance à un peu disparaitre, balayé par l’énergie de son collègue.

Du coup, on arrive pas à très bien identifier Phillip Morris. Trop discret, trop réservé, trop soumis, on ne sait pas qui est ce personnage et de fait, on a un peu de mal à mesurer l’amour que lui porte Steven tant à nos yeux, il apparait bien fade.

Mais bon, ça ne gâche pas grand-chose et McGregor reste quand même très surprenant. Le voir cracher par-dessus le bastingage d’un bateau après avoir offert une gâterie à son amant est une image qui risque de déstabiliser les fans les plus hardcore de la nouvelle trilogie Star Wars.

Non, le manque d’épaisseur de Phillip Morris ne gâche rien car l’amour entre ces deux hommes est finalement juste un fil rouge qui permet de suivre surtout les incroyables arnaques et escroqueries de Steven, excellent ressort comique et narratif.

Le voir s’improviser avocat et convaincre un juge en ne disant rien, est un grand moment.

Pareil lorsqu’il devient directeur financier d’une boite dirigée par de gros beaufs réacs, on se bidonne.

C’est un humour très efficace, capable de mêler du très cru (la visite de la prison à un novice, ponctuée à chaque fin de phrase par un impayable « ou alors tu suces ») à du cartoonesque (la cellule du gros Cleavon, envahie hors champs par les matons tandis que dansent Steven et Phillip) et ça confère à l’ensemble un dynamisme et une légèreté qui s’adaptent parfaitement aux aspects plus sombres du récit.

Car si les innombrables impostures de Steven et ses multiples (et poilantes) évasions de prison donnent dans la comédie pure, la personnalité de cet homme, son incapacité à savoir qui il est réellement, perdu dans ses identités factices, apportent une profondeur qui rend le tout bien moins anecdotique qu’il n’y parait.
Bon, ça vole pas non plus dans les stratosphères de l’étude psychologique, l’aspect divertissement étant privilégié avant tout, mais y’a quand même du fond derrière la succession de gags et de situations de comédie qui ponctuent le film.

Même le passage mélo (SIDA oblige) réussit à être aussitôt dynamité par un twist qu’on sent un peu venir mais qui replonge gaiment l’ensemble dans le souriant.

Finalement, y’a que la fin qui nous cueille, glaciale, quand deux noms propres accolés (Bush/Texas) plombent l’ambiance en nous ramenant brutalement à la réalité (le sort réservé, dans la vraie vie, à Steven) et qui nous laisse du coup un peu sonnés alors que pendant 90 minutes, le ton enlevé, le rythme sans temps mort, la bonne humeur de Carrey et celle de la mise en scène, la blague des trois questions à l’avocat et le moustachu, nous ont fait passer un très bon moment.

Rien d’inoubliable, rien de majeur, rien de grandiose ni de percutant, juste un bon film, bien foutu, hautement sympathique, et qui a le bon goût de rendre l’homosexualité parfaitement banale, l’histoire de Steven et Phillip marchant quand même (à quelques détails près) si l’un des deux était une femme.

Et bravo aux comédiens de ne pas avoir fait leur timorés, même si on est loin des scènes frontales de Six Feet Under (à une exception « gicle dans mon cul » près) les baisers langoureux sont ici échangés sans faire de manière et on croit à ce couple improbable, on croit en leur amour (même si, encore une fois, on a du mal à comprendre ce qui attire Steven chez Phillip) et cette crédibilité permet à tout le reste de fonctionner sans problème.

Publié le mai 14, 2013 with 2 notes ()
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★★
On peut voir ce bouquin (commencé à la fin des années 50) comme une vulgaire compilation de faits divers sordides, d’anecdotes graveleuses, de rumeurs indiscrètes, de voyeurisme déplacé, un ramassis de tabloïderies avec queues et têtes, un worst of de ce qu’Hollywood recelait alors de drogués, de sex addicts, de dépravés, de mafieux, de gangsters, avec plein de stars masculines queutardes et camées et plein de stars féminines nymphomanes et camées, des paumés, des dépressifs, des pervers et des victimes, une vision au niveau des poubelles de ce que fut l’industrie du cinéma de 1915 à 1960, où l’on apprend des faits absolument majeurs comme l’histoire de la meuf de Johnny Weissmuller qui montrait toujours sa chatte dans les soirée, le surnom du mafieux Johnny Stompanato, qui sortait avec Lana Turner et qu’on appelait Oscar en raison de ce qui chez lui faisait, comme la statuette 30 centimètres, les déboires conjugaux de Charlie Chaplin ou la bisexualité de Marlène Dietrich.
Mais on peut voir aussi Hollywood Babylone comme un témoignage fascinant d’une Amérique déchirée entre son puritanisme et sa débauche, un fossé entre existences orgiaques et forçats de la religion, qui donna naissance au code Hays censé assurer aux productions cinématographiques les sacro-saintes valeurs familiales et religieuses et sacrifia la carrière de comédiens aux trains de vie jugés impurs et offerts à la vindicte populaire, jalouse de ne pas avoir autant d’argent et de sexe, plus que choquée par les scandales qui éclataient alors.
C’est dans ces destins tragiques, pulvérisés par la morale, que les “secrets” du livre se révèlent les plus fort. Il est bien plus intéressant de découvrir le funeste sort de Frances Farmer, qui finira folle à lier dans un hôpital en raison d’une dépression que l’on a refusé de soigner (il fallait faire un exemple et punir sans merci l’hystérie) que de connaitre la taille du sexe d’untel ou d’untel ou de savoir que Marilyn pompait tout le monde.
A travers ces tragédies, c’est toute la folie d’un pays cinglé qui est racontée et c’est en voyant à quel point le cinéma est directement lié à la politique et à l’American way of life que l’on mesure l’importance d’Hollywood.
Et on peut voir aussi dans ce livre les récits qui inspireront à Ellroy son univers qui mélange cinéma et mafia, politiciens et stars peroxydées, ces frontières mal définies entre des Lucky Luciano, Bugsy Siegel ou Mickey Cohen et les Gary Cooper, Jean Harlow et Errol Flynn, ces mallettes d’argent qui quittent les bureaux des patrons de studio pour alimenter les caisses du parti républicain, cette presse sensationnaliste (comme l’incarnait DeVito dans L.A. Confidential) dont le pouvoir à l’époque (4 millions de lecteurs) pouvait faire ou défaire des carrières.
Hollywood Babylone c’est tout ça à la fois, de l’anecdote poubelle (et parfois moraliste) et des faits fascinants, du style ras des ordures et des réflexions passionnantes, c’est un bouquin à l’image de son auteur Kenneth Anger, étrange, insaisissable, plein d’amertume, de jalousie, d’aigreur et d’amour, de passion et de tendresse, un ouvrage dont il est difficile de juger s’il est bon ou mauvais tellement il se situe à un point entre les deux, procure autant d’intérêt morbide (notamment grâce aux très nombreuses photos d’archives) que de dégout vaguement honteux, bref c’est pas vraiment indispensable mais si ça vous atterrit entre les mains, dévorez-le.
Publié le mai 12, 2013 with 1 note ()
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(5223) SKYFALL ★★★

human after all de Sam Mendes avec Daniel Craig, Judi Dench, Javier Bardem, Ralph Fiennes, Naomie Harris, Berenice Marlohe, Albert Finney, Ben Whishaw, Rory Kinnear, Ola Rapace, Helen McCrory et Nicholas Woodeson. Scénario: Neal Purvis, Robert Wade et John Logan, d’après le personnage créé par Ian Fleming. Musique: Thomas Newman. Montage: Stuart Baird. Photo: Roger Deakins. Durée: 2h23 - 2012 - 10/5/13 - GRANDE-BRETAGNE/USA - TF: “Skyfall”
Skyfall s’ouvre de façon aussi spectaculaire qu’ultra-classique.

Poursuivant en Turquie un dangereux méchant qui a piqué un disque dur sur lequel on trouve des informations plus importantes que sur le mien (même si les collectionneurs de film X des années 70 pourraient se faire du blé en me le volant) James Bond fonce à pied, en voiture, à moto, en train, cascade et se bastonne, tractopelle un wagon et crée autour de lui des dégâts qui doivent couter bien plus cher que les conséquences de laisser filer le disque dur.

Ça fait boum, ça fait crash, ça fait pan pan, ça fait bim bam dans ta gueule, c’est parfaitement filmé, parfaitement découpé, parfaitement rythmé par la parfaite musique du parfait Thomas Newman, c’est conçu à l’image près pour coller une érection aux gamins venus accompagner leur popcorn au cinéma, et tant pis si une fois de plus, Bond, sublimé par le physique en roche massive de Daniel Craig, passe pour moins fragile encore que le Terminator, un super-héros invincible pour lequel on ne peut plus trembler tant on sait à quel point il est giga-balèze, force brute de muscles et d’élégance qui lui permet d’atterrir dans un train en marche par le toit qu’il vient de découper et de marcher directos avec la classe du mannequin sur un podium, un héros bigger than life amusant mais auquel on ne peut plus s’identifier tant il n’a plus grand-chose d’humain et tant il ressemble désormais à d’autres figures cinématographiques façon Jason Bourne et John McLane.

Mais à la fin de cette introduction in your face, la couille dans le potage, la note discordante, la surprise qui fait immédiatement plonger Skyfall du « mouais, c’est cool » à « oh putain, qu’est ce qui nous attend ».
Alors qu’ils se battent sur le toit du train, Bond et son adversaire apparaissent dans le viseur de la collègue de l’espion, une jolie femme qui, l’œil collé à son fusil, assure à M, bien à l’abri dans ses bureaux londonien, qu’elle risque de rater son tir et de blesser Bond. M, bien décidée à ne pas laisser le disque dur lui échapper, donne alors l’ordre de tirer quand même.
Le coup de fusil part.
Comme dans tout divertissement hollywoodien de base, on sait que le méchant sera touché juste avant que le train ne disparaisse dans le tunnel. In extremis. Car tout se passe toujours comme ça.
ATTENTION SPOILERS
Mais c’est Bond qui est touché et qui chute de plusieurs centaines de mètres dans le vide pour atterrir dans l’eau.
Et le générique, sublimissime, avec la chanson incroyable d’Adele, nous cueille avec un univers pictural qui nous fait traverser les Enfers, nous emmène au milieu de tombes, esquisse les contours d’un Bond blessé, se conjugue en sang et souffrances, loin des images habituellement glamour alléchantes de femmes nues en ombres chinoises qui se contorsionnent lascives autour du mythe inébranlable du héros. Les seules silhouettes de femmes nues qui apparaissent dans le générique de Skyfall ressemblent plus à des passeuses d’âmes qui hantent les rives du Styx.

Alors quoi ? Qu’est ce qui se passe-t-il donc ? James Bond est-il mort ? On sait bien que non, sinon le film serait fini et il serait temps de lancer un bon vieux Brigitte Lahaie.

Non, on se doute que les auteurs n’ont pas fait mourir leur héros mais ce qu’ils proposent à la place est encore mieux : ils ont fait mourir ce qu’était devenu leur héros.
La version indestructible de James Bond, cette figure désincarnée, qui n’existe qu’à travers ses gadgets, qui résiste à tout, qui ne peut ni souffrir ni être blessée, cette incarnation fantôche due au règne de Pierce Brosnan, et que Daniel Craig s’efforce depuis son arrivée de faire disparaitre en l’humanisant chaque fois un peu plus, est cette fois officiellement décédée.

Bond a survécu mais n’est plus le même. Affaibli physiquement, impacté psychologiquement, plus alcoolo et solitaire que jamais, il ressemble désormais plus à une épave avec de très beaux restes qu’à un héros tiré à quatre épingle quelles que soient les circonstances.
Daniel Craig prête à ce Bond brisé une intensité hallucinante. Il lui suffit d’un regard, un visage impassible et juste un regard, pour faire passer à la fois la force animale qui l’anime mais aussi les multiples fêlures qui l’ont éparpillé façon puzzle mais de l’intérieur.

Ce comédien est juste dingue. Le charisme bestial qu’il dégage est ouf. Il apparait à l’image et pschiit fait ma virilité qui s’évapore, ne supportant pas la comparaison avec ce summum de testostérone à l’état brut.

Bref, il est parfait pour jouer la légende brisée qui n’a besoin d’aucun artifice pour exister et c’est tant mieux puisque c’est précisément le sujet de Skyfall.
Le scénario, extraordinairement malin, a été écrit pour fêter les 50 ans de James Bond au cinéma. Et pour fêter cet anniversaire, les auteurs ont eu l’idée aussi simplissime qu’absolument géniale de faire revenir le mythe aux sources et pour y parvenir, ils ont développé un récit à l’implacable mécanique, un véritable exemple de narration diaboliquement efficace qui préfère l’épure et la linéarité à la complexité trompe l’œil habituellement utilisée pour ce genre de film. Le résultat est bluffant.
Parce qu’ils ont échoué dans la mission disque dur, Bond et sa supérieure M sont immédiatement cloué au pilori de l’opinion publique. « Has been », « dépassés », « obsolètes », « inefficaces ». A l’heure où l’on jette son téléphone portable parce qu’il pèse un demi milligramme de plus que le nouveau modèle qui vient de sortir, à l’heure où un gouvernement est jugé minute après minute et non pas sur l’intégralité d’un quinquennat, à l’heure de l’impatience, du bashing, de la consommation hystérique et frénétique, à l’heure où le jeunisme n’a jamais été aussi agressif, Bond et M passent pour des dinosaures, des vieilleries dont il faut se débarrasser, des reliquats d’un monde révolu, d’un temps ancien où l’on préfère aller sur le terrain plutôt qu’évaluer la situation derrière l’écran de son ordinateur.

Skyfall appuie là où ça fait mal avec un délectable mélange d’ironie et de mélancolie. On voit Bond galérer pour faire des tractions, rater sa cible au tir et, humiliation suprême, découvre que le nouveau Q est un gamin (Ben Whishaw) à mi-chemin entre le geek et le hipster.

Une jeunesse insolente (car aussi douée que les anciens) qui renvoie Bond un peu plus à son âge, mais aussi à ses méthodes, jugées désormais dépassées, trop brutales, trop physiques, trop aléatoires.

Alors c’est vrai, le coup du héros vieillissant, qui reste très très fort en dépit de son âge et de la perte (minime mais quand même) de ses facultés, on le connait depuis au moins Impitoyable.
Mais ici, le concept est poussé jusqu’au bout. Plus le film avance plus les séquences dans des environnements modernes (l’immeuble high tech de Shanghai) laissent la place à des décors plus old school (le métro londonien).

Et plus l’armement technologique devient défectueux (le siège du MI6 a subi un attentat, les ordinateurs sont hackés, le système de sécurité électronique est piraté…) plus Bond se rabat sur du basique au point d’emmener, dans le dernier tiers, M dans les landes écossaises pour la protéger depuis le manoir familial et mener, avec un vieux garde chasse (Albert Finney) , un siège digne des Chiens de Paille.
Ce back to basics est assumé, géré avec une volonté de marteler qu’on fait toujours les meilleurs soupes dans les vieilles marmites, et pour rendre possible cet affrontement qui devient celui du virtuel contre le réel, les scénaristes ont inventé un méchant dont les motivations n’ont rien de mégalomaniaques. Il ne veut ni détruire le monde, ni prendre le contrôle de l’espace ni créer une guerre nucléaire. Le méchant du film, Silva, veut accomplir une simple vengeance.

On nous fait d’abord un peu croire à une histoire d’agents infiltrés en danger mais c’est bien vite abandonné au profit d’un combat quasi familial, Silva et sa haine contre M (vue en mère aimante mais indigne) devenant une sorte de jumeau négatif de Bond, le frangin qui aurait mal tourné, qui ne partage pas les valeurs classiques (patriotisme, allégeance au pouvoir…) ni les méthodes (Silva mène sa guerre avec le clavier de son ordinateur) et c’est du coup parfaitement logique que le combat final se déroule dans un décor où survivent les fantômes d’une famille, d’un clan, puisque Silva agit précisément pour s’être fait éjecter de ce noyau familial auquel il aurait toujours voulu appartenir.
C’est tellement bien amené, bien construit, bien foutu, qu’on passe 2h25 ébahis par la solidité du scénario et par les multiples idées incroyables qui le rythment.
Il y a un véritable voyage narratif qui nous mène des scènes clés de tout James Bond qui se respecte à une version débarrassée de toutes fioritures.
Car à Macao, Bond comme dans tous ses films côtoie dans un décor exotique et feutré, la James Bond girl du film, Severine (Bérénice Marlohe, superbe métis) qu’il rejoint tranquille sous la douche comme ce bon vieux gros dragueur qu’il est.

Moi j’ai souvent essayé de me glisser sous la douche avec des bombes que je venais de rencontrer et ça se passe jamais comme dans le film.
Mais ensuite, en arrivant sur l’île de Silva, le ton change. Cette fois, Bond est même carrément entrepris par un homme lors d’une séquence de face à face extraordinaire.

Car Silva est un méchant fabuleux, déjà parce qu’il est campé par un Javier Bardem époustouflant et physiquement transformé, mais en plus parce qu’il est gay et confronte ainsi Bond à son archaïsme jusqu’à sa trop banale sexualité.
Bardem en fait des tonnes, des caisses, il ricane, roucoule, roule des yeux, caresse les jambes de Bond, balance du Charles Trenet dans le décor démentiel de son ile déserté, s’offre le luxe de dévoiler un faciès monumentalement truqué par infographie avec des séquelles hardcore dues à une capsule de cyanure et plus Bardem fait de Silva un ange de la mort fabuleux, plus son antagoniste devient fascinant.
Le classicisme de Bond face à l’excentricité de Silva. Le modèle old school mais équilibré contre la version plus libertaire mais instable. C’est pas très fin comme opposition mais ça marche à fond.
Plus Bond retourne au style de ses débuts (on ressort l’Aston Martin et son siège éjectable !) plus il parait fort, invincible, indestructible mais cette fois on y croit, car au lieu des gadgets et des tractopelles, c’est la puissance de ses racines qui le protègent désormais, c’est la Terre, son histoire, ses ancêtres, tout ce qui forge la légende d’un homme qui en fait une machine impossible à battre.

On est en plein dans ce qui agite le monde d’aujourd’hui, cette volonté de revenir aux choses les plus simples, d’abandonner le superficiel, de se reconcentrer sur ce qui compte vraiment, dans une société dématérialisé par la mondialisation, rythmée par une course au modernisme et à la recherche hystérique de l’équipement technologique (merci Apple), le parcours de Bond des immeubles de Shanghai au manoir écossais, raconte ce besoin de nous rassurer avec du concret, des éléments que l’on peut toucher, que l’on peut sentir, et qui évoquent une histoire, qui ne sortent pas du chapeau.

Et le génie de Sam Mendès est d’avoir réussi à livrer cette ré-humanisation de Bond avec un emballage capable de séduire même un public qui ne jure plus que par Transformers et toutes ces saloperies de films qui se reposent uniquement sur les effets spéciaux, tant Skyfall est visuellement fort, riche en séquences spectaculaires (l’accident du métro) et mis en scène avec un sens de l’esthétisme absolument magnifique, comme cette dernière partie, nocturne, avec la lande écossaise éclairée par l’incendie du Manoir. SUBLIME.

Un savoir faire de talent au service d’une histoire avec du plomb dans la tête. C’est rare. C’est chouette. Ça fait du bien.
Et en plus, après avoir détruit le mythe du Bond high tech, le film reconstruit celui des origines (miss Moneypenny, le bureau « classique » au lieu du centre high tech, Fiennes en M…), ce qui promet un prochain épisode qui conservera intacte cette volonté de retour aux sources.

C’est donc un excellente surprise, c’est à la fois spectaculaire et intimiste, classe et brutal, riche en punchline ironiques tout en ne cédant pas au second degré qui aurait tout gâché (surtout la scène dans la petite église), Craig est au-delà du parfait, et le seul regret que l’on a à la fin du film est de voir disparaitre le méchant tant Bardem est dément, fou, fascinant, et qu’on aurait pu se le fader un épisode de plus, sans le moindre problème.

Publié le mai 12, 2013 with 1 note ()
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(5222) THE LORDS OF SALEM ✖

Emprise multiple de Rob Zombie avec Sheri Moon Zombie, Bruce Davison, Jeff Daniel Philips, Judy Geeson, Meg Foster, Patricia Quinn, Ken Foree, Dee Wallace, Maria Conchita Alonso, Richard Fancy, Andrew Prine, Sid Haig et Michael Berryman. Scénario: Rob Zombie. Musique: Griffin Boice et John 5. Montage: Glenn Garland. Photo: Brandon Trost. Durée: 1h41 - 2012 - 6/5/13 - USA/GRANDE-BRETAGNE/CANADA - TF: “The Lords of Salem”
ATTENTION SPOILERS
Les films sur la sorcellerie et/ou le satanisme, généralement, ça me fait chier.
Bon, comme pour tout, il y a des exceptions (Rosemary’s Baby) mais la plupart du temps, ce genre de péloche se résume à montrer des illuminés qui, les yeux exorbités et les paumes des mains tendues vers le ciel, psalmodient des « Gloire au Seigneur des Ténèbres aidez nous à niquer la gueule aux adorateurs de Jésus » tandis que de l’autre côté du trottoir, des illuminés, les yeux exorbités et les paumes des mains tendues vers le ciel, psalmodient des « Seigneur Jésus notre Sauveur, aidez-nous à niquer la gueule aux adorateurs de Satan » et tout ceci n’est vraiment pas très palpitant.
Alors quand je découvrasses que Rob Zombie se lancîme dans sa propre vision de l’histoire des Sorcières de Salem, je me disâtes que ça pourrait être l’occasion pour le cinéaste métalleux de foutre un bon gros coup de pied au derche du genre en livrant le premier film de sorcellerie rock’n’roll, déviant, transgressif et tribal, après tout, le gonze est le réalisateur de Devil’s Reject, à mes yeux l’un des films d’horreur parmi les meilleurs et les plus tarés de ces 40 dernières années.

La première séquence laisse présager que le miracle va se produire. Zombie reconstitue le rituel des sorcières de Salem en 1696 et on est loin de l’image de vieilles dames moches sous cape qui lèvent au ciel le crâne d’un bouc en louant Satan. Ici, nos vieilles moches se foutent immédiatement à poil (vrais corps pour les figurantes et uniforme latex pour Meg Foster, chef des witches), hurlent des cochoncetés à te faire griller les synapses de Christine Boutin (« Nous profanons la pute vierge !! ») et se roulent dans la fange dans une cérémonie régressive, organique, hystérique et perturbante, qui flirte avec le grotesque en réussissant in extremis à ne pas s’y vautrer tant Zombie filme son rite avec un sérieux papal, une volonté évidente de salir par un réalisme craspec les très proprettes reconstitutions habituelles de ce genre de spectacle et l’arrogance de s’imposer comme le meilleur réalisateur de film de sorcellerie ever.

Suite à cette débauche de luxure dégénérée qui rassure quand aux ambitions de Zombie, on passe dans la partie « de nos jours » avec la présentation de l’héroïne du film, soit bien évidemment Sheri Moon, qui, pour l’occasion, avec ses dreadlocks et ses lunettes rectangulaires, ressemble à une version féminine de Jon Davis, ce qui n’est pas exactement des plus glamour.

Mais Rob lui, la trouve (heureusement) toujours aussi bandante et la filme longuement cul nu sur un lit…

…avant de la filmer longuement seins nus en train de se rhabiller.

On est jamais mieux servie que par son mari et c’est tant mieux pour Sheri Moon car je suis pas certain qu’un autre aurait l’idée de la mettre autant en valeur, et je parle pas seulement de son physique hein, il en faut pour tous les gouts, mais plus de ses talents d’actrice somme toute assez limités.

Mais bref, après la partie cra-cra sale déviante beurk, voilà la partie rock’n’roll puisque Sheri incarne Heidi, la seule fille d’une bande de trois DJ qui sur la station rock de Salem, passent des disques de death metal satanique et invitent des gens qui prennent le micro pour dire que Dieu c’est du caca qui pue et que le Diable c’est trop bien.

On sent que le film peut à n’importe quel moment basculer dans le ridicule mais jusqu’ici, ça marche, ça fonctionne, y’a un esprit rock plaisant, et oui, j’y crois donc, je vais peut-être l’avoir ma surprise du chef et ça fait plaisir.
Dommage que Rob Zombie opte pour une mise en scène plus appliquée que d’habitude, à des milliards d’années lumières de son gros grain sale so seventies, mais comme il flanque une référence difficilement ratable à Méliès dans la chambre de Sheri, peut-être Rob a-t-il désormais besoin d’être reconnu aussi pour ses talents de metteur en scène et sort de fait sa grosse culture turgescente, ça fait souvent ça chez les mecs considérés trop longtemps comme des as de l’underground, ils complexent d’infériorité et balancent du Méliès pour prouver qu’on peut être tatoué et barbu et connaitre aussi des trucs qui font classe dans les diners bourgeois.

Alors très vite, Heidi reçoit un disque vinyle mystérieux, où y’a juste marqué The Lords dessus et comme un de ses potes DJ est malin, il dit « ben comme on est à Salem et que c’est surement un groupe local, appelons les The Lords of Salem ».
Mais quand le vinyle est lu, une musique chelou s’en échappe, cinq notes lugubres répétées en boucle et des incantations de type satanique. Ca rend Heidi toute bizarre et en diffusant le disque à la radio, ça met les gonzesses de Salem dans un état second, elles s’immobilisent, les yeux dans le vague, et restent comme ça pendant un long moment ce qui permet à Zombie de bien les filmer, puisque visiblement avec ce film il a envie de filmer les femmes, surtout celle qui est toute hypnotisée à poil, juste avant de prendre son bain.

Bon, le coup du disque maléfique qui réveille les vieilles sorcières du passé, c’est pas la folie de l’originalité qui fait jouir le cerveau tellement c’est génial, mais tant pis, on va faire avec, d’autant que Zombie nous en remet une couche dans le «je vais bien me faire plèze avec mes rituels sataniques » en nous montrant la sorcière en chef cracher de gros glaviots au visage d’un nouveau né.

Frigide Barjot s’en étoufferait chrétien.
A ce moment là du film, je suis plutôt séduit. Pas totalement emballé, pas en train de me taper les cuisses en hurlant « bordel, c’est mortel grave ouf » mais j’aime bien, et puis la vision d’une sorcière dégueux perchée au-dessus du frigo dans la cuisine d’Heidi quand elle rentre chez elle m’hérisse suffisamment le poil pour me faire apprécier un peu plus l’ambiance étrange, entre maison hanté (quelle horreur se cache derrière la porte de l’appartement N°5 ?!), chronique d’une Amérique profonde aux secrets inavouables comme Zombie a toujours aimé en raconter et épouvante classique.

Mais quand Sheri Moon franchit la porte de l’appartement 5 et se retrouve devant une croix en néons rouges, le ton change.

Pas à cause de la croix ni de l’attitude poseuse de l’actrice qui se prête à la totale gratuité d’une pareille vision, mais parce que derrière elle, y’a un gros yéti poilu.

Même qu’on le revoit ensuite dans un flashback de l’époque des sorcières à poil.

Et ce gros yéti poilu ne m’inspire guère confiance.
Quand on met un gros yéti poilu dans un film, c’est qu’on a pas vraiment de limite dans sa tête pour faire la différence entre le flippant et le navrant, entre ce qui rend un film terrifiant et ce qui le transforme en pur nanar.
J’accorde évidemment, dans ma légendaire mansuétude, le bénéfice du doute à Rob mais d’autres signes se manifestent en sa défaveur.
D’abord, Rob semble ne plus avoir grand-chose à raconter depuis qu’il a posé les bases de son histoire. Le disque maléfique (qui est extrêmement désagréable à écouter mais qu’on nous repasse à peu près 421 fois) crée des visions chez Heidi qui du coup, a des visions.
Elle se balade et boum, elle voit un type sans visage.

Elle va dans une église et là, un curé l’oblige à lui tailler une pipe avant de dégorger du sang par la bouche.
Mais c’était en fait une vision.
Il se passe pas grand-chose entre les visions sauf l’attitude de la concierge de Heidi qui devient de plus en plus chelou, surtout depuis qu’elle est accompagnée par deux autres bonnes femmes (dont Dee Wallace) qui font ressembler le trio aux Sorcières d’Eastwick mais en moins fraiches.

On baille un peu tandis que les visions s’enchainent et que les trois commères se comportent avec Heidi comme des sorcières qui essaieraient de pas ressembler à des sorcières mais qui y arriveraient pas.

En fait on baille de plus en plus, parce que même la mise en scène de Zombie devient d’un classicisme soporifique et c’est terrible parce qu’on dirait que ce genre de film, t’as beau essayer d’en faire un truc un peu plus funky, de par le thème, ça te rattrape et ça t’oblige à livrer des plans de bâtisses inquiétantes, d’Eglises désertes, de croix, de gens paranos, d’autres gens comploteurs, et tu te retrouves au final avec exactement ce que tu voulais éviter, les mêmes images que dans tous les autres longs qui parlent de Satan et de Sorcières et tu peux même t’appeler Rob Zombie, ça change nib, t’es niqué et tu fais un film de vieux qui endort.

Et il est pas con le Rob, il s’en rend compte qu’il est en train de patiner et de faire du déjà vu mille fois. Mais au lieu de se reprendre intelligemment en main, il pète un boulard et fait absolument n’importe quoi dans le dernier tiers.

Bon, je vais même pas m’étendre sur le scénario qui avance via des astuces honteuses de nullité et d’invraisemblances (l’arbre généalogique sur internet, non mais sérieux…) et balance des révélations qu’on a vu arriver depuis des plombes parce que ce serait vraiment pas très sympa.
Mais impossible de ne pas mentionner les images que se met à balancer Zombie, en roue libre, peut-être sous l’emprise de la came.
Bon alors d’abord il nous maquille Sheri Moon façon Beetlejuice…

…et il fait apparaitre devant elle une sorte de nabot en forme de petit poulet qui ressemble étonnement au Ricky de François Ozon mais qui en fait est censé représenter le diable.

Après cet éclat de rire, ça part complètement en couilles.

On voit des types déguisés façon clergé en train de se branler une teub-godemichet.

Puis des dames toutes nues qui les entourent.

Puis Sheri Moon fait du rodéo sur un bouc satanique.
Puis un type maquillé comme dans un clip amateur de death metal suédois vient lécher Sheri Moon dans le cou.

Puis y’a tout plein de visions psychédélico-sataniques qui s’enchainent dans un trip à te faire passer celui de Kounen dans Blueberry pour un drame de Philippe Garrel.

On nous balancerait l’apparition d’un alien à long zizi qu’on serait pas plus étonnés.

Et quand tout ce bordel visuel se termine enfin (et c’est d’une insupportable lenteur, longueur, on se fait chier comme c’est pas permis, au niveau sonore c’est de la torture), le morceau All Tomorrow’s Parties démarre tandis qu’on découvre, stupéfaits, Sheri Moon en Vierge de Satan, iconique et grotesque, trônant sur un tas de femmes nues, pour un tableau qui pourrait évoquer David LaChapelle si ça avait été plus chargé en kitscheries.

Et là, of course, y’a plus de bénéfice du doute qui tienne. Avec une incroyable minutie, Zombie massacre, pendant le deuxième puis dernier tiers de son film, tous les éléments du premier qui fonctionnaient.

Là où il réussissait à créer une ambiance malsaine, dérangeante, il ne parvient plus qu’à sombrer dans le Grand-Guignol idiot, puis dans le n’importe quoi qui classe sans autre forme de procès, The Lords of Salem dans la catégorie nanar absolu, un dérapage franchement encombrant d’un cinéaste qui s’est totalement perdu en cours de route, n’a pas su faire le tri entre mauvais gout chic et mauvais gout toc, et s’est viandé, aveuglé par son ego, dans un film improbable, mal torché, qui ne raconte strictement rien, et pense se démarquer des autres avec ses images même pas choquantes car trop ridicules.

Un ratage, un carnage, et qui, après House of 1000 Corpses et les deux Halloween, laisse finalement penser que Rob Zombie a été, est et restera, l’homme d’un seul bon film.

Publié le mai 8, 2013 with 2 notes ()
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Ray Harryhausen
1920 - 2013
Publié le mai 8, 2013 with 2 notes ()
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(5221) THE LAST STAND ★★

Sixty candles de Jee-woon Kim avec Arnold Schwarzenegger, Forest Whitaker, Eduardo Noriega, Luis Guzman, Jaime Alexander, Peter Stormare, Johnny Knoxville, Zach Gilford, Rodrigo Santoro, Christiana Leucas, Genesis Rodriguez, Harry Dean Stanton, Sonny Landham et Chris Browning. Scénario: Andrew Knauer. Musique: Mowg. Montage: Steven Kemper. Photo: Ji-yong Kim. Durée: 1h47 – 2013 – 4/5/13 – USA – TF: “Le Dernier Rempart”
6 Août 2003. C’est la canicule. Celle qui permettra aux caisses de retraites d’économiser un paquet de pognon. Devant un cinéma des Champs-Elysées, je suis en tain de fondre, de me liquéfier, de m’évaporer.
Mais pas question de flancher. Le film en vaut la chandelle. C’est Terminator 3. Et c’est important d’être le premier jour de sa sortie à la première séance, même si je dois sacrifier jusqu’à la dernière goutte d’eau que contient mon corps, d’abord parce que c’est Terminator, ensuite parce qu’Arnold Schwarzenegger, tandis que je cuis comme une chipolata sur un brasero, s’est lancé dans la campagne pour devenir gouverneur de Californie et si ce nardine y parvient, ça veut dire que je n’aurais plus de film avec lui à voir au cinéma.
C’était il y a 10 ans. Entretemps, non seulement Schwarzy s’est fait élire mais il a également poussé le bouchon de liège jusqu’à se faire réélire.

Dix ans durant lesquels l’homme qui tapissait les murs de ma chambre de gamin s’est envolé, me laissant orphelin désœuvré, perdu. Bon, c’est vrai, depuis quelques années, grâce à L’Aube du 6ème Jour, Dommage Collatéral, La Fin des Temps et Batman & Robin, Arnold avait commencé à me préparer psychologiquement à sa disparition, mais il avait beau enchainer les daubes, rien n’y faisait, impossible d’oublier les Commando, Predator, Total Recall, Conan et autres Terminator, impossible d’oublier ces séances de cinéma avec mon père ou en famille (je me souviendrais toujours de cette soirée Double Détente avec mes parents et mes sœurs alors âgées de 9 ans, avant d’ensuite se faire un MacDo), impossible d’oublier le mythe, l’idole, le papa de celluloïd.

Le clin d’œil dans Bienvenue dans la Jungle où Arnold passe le relai à The Rock et l’apparition gag dans la nullissime Tour du Monde en 80 Jours où Schwarzy est un guest (au même titre que Michael Youn… ) n’y changeront rien, le manque est cruel.

Et quand Stallone l’invite dans une scène d’Expendables en 2010, c’est le choc : le Schwarzy chéri est une vieille peau figée, mal à l’aise, coincée, liftée, fripée, dont l’étincelle ironique qui brillait habituellement dans son regard semble définitivement éteinte.

Le coup est dur.
Mais l’avantage dans la vie, c’est que l’espoir renait toujours.
Libéré depuis le 26 octobre 2010 de son poste de gouverneur, Arnold annonce son retour sur grand écran.
Le voici donc dans un rôle plus conséquent dans Expendables 2. Et c’est une renaissance. Un phénix. Le revoilà, vieux, c’est vrai, mais poilant, déconneur, jouant avec son image, retrouvant le second degré qui a fait sa légende. Le revoir, énorme flingue à la main, dézinguer du bad guy au taquet en balançant ses inimitables vannes, relève de l’expérience orgasmique.

I’ll be back, disait-il. Et ben ça y est, il est back.
Alors quand presque 10 ans jour pour jour après Terminator 3, je découvre The Last Stand, premier film qu’Arnold porte entièrement sur ses épaules depuis son retour au cinéma, mon niveau d’indulgence est presque aussi élevé que le taux de chômage en France.

Tant pis si le scénario de The Last Stand, conçu sur les codes des séries B des années 80, est d’une incroyable connerie. Tant pis si dès la première image, on sait parfaitement quelle sera la dernière, tant pis si on devine tout à l’avance, les scènes, les rebondissements et même les répliques.

Tant pis si le méchant, joué par Eduardo Noriega, est un type qui va passer l’intégralité du film assis au volant d’une voiture et que les seules actions auxquelles il va se livrer seront d’embrayer, freiner et débrayer.

Tant pis si il y a Johnny Knoxville, (pas beaucoup, heureusement), pénible dans son sempiternel rôle de farfelu illuminé caution de blagues pas drôles.

Tant pis si pour préparer la défense de la petite ville tenue par son shériff, une descente au musée des armes (!!!) se transforme en spot géant pro-NRA avec sublimation des flingues soulignée par une musique pompière.

Tant pis si la narration, trop linéaire, trop prévisible, trop pépère, fait patiner le rythme et rende le film extrêmement long au point de décrocher les mâchoires à force de bâillements.
Tant pis si la morale est conservatrice à souhait, réac et aux relents de vieille naphtaline qui pue.
Ben oui, tant pis, on va pas voir The Last Stand en espérant découvrir un grand film, intelligent, malin, qui fait vibrer, réfléchir, et te laisse au générique de fin bien plus malin que tu l’étais à celui du début. Ben non.

Voir The Last Stand en espérant découvrir du grand cinoche, c’est comme entrer dans un Sushi Shop à filles nues en pensant bien y manger.

C’est con.
Les seules espérances que j’avais à propos de The Last Stand sont toutes comblées : oui retrouver Schwarzy en tête d’affiche c’est jouissif, oui, c’est suffisamment bourrin et gavé de fusillades pour ravir l’amateur de défouraillage bas du plafond, oui on passe du bon temps de cerveau disponible (même si, c’est vrai, ç’aurait pu être mieux tout en restant aussi con).
Arnold s’éclate à jouer les pépés increvables et parvient à un juste équilibre entre les vannes sur son âge (- Comment vous vous sentez Shériff ? - Vieux.) et l’éternelle célébration du héros viril et indestructible, exactement comme le font Stallone, Willis et, dans un registre plus fin, Eastwood.

Le voir en bermuda et mocassins, c’est drôle, le voir mettre ses lunettes de vue sur une scène de crime, refuser une omelette à cause du cholestérol, ou se relever très péniblement d’une chute, c’est drôle, MAIS en même temps, on le retrouve, tel qu’on l’a toujours connu, fusil à pompe à la main, en train d’administrer une fessée mémorable à une bande de méchants qui finiront tous en viande à shawarma.

Oui, parce que depuis que Sly, avec son reboot de Rambo, a remis au gout du jour les débordements de gore dans les films d’action, ça se lâche grave et ici, lors de LA scène d’assaut de la petite ville, on ne compte plus les corps démembrés, coupés en deux, déchiquetés, pulvérisés, dans de joyeux geysers de sangs et de bras arrachés qui volent dans les airs.
Chaque impact de balle est accompagné d’une brume de sang qui macule tout autour de la victime, c’est délicieusement violent, et la distance entre le flegme nonchalant de Schwarzy et ses potes et l’horreur des massacres qui ponctuent le film, édulcore la violence, la rend parfaitement respectable, et c’est totalement amoral mais on s’en fout, là encore, celui qui est venu voir The Last Stand en pensant que son traitement de la violence et du problème des armes à feu sera incroyablement pertinent est un fou.

En plus du plaisir infini de retrouver le copain Schwarzy, le film offre des seconds rôles qui font bien plaisir comme Forest Whitaker en ponte du FBI qui bien entendu, méprise le shériff bouseux qu’est Arnold avant, à la fin du film, d’admettre qu’il avait tort et qu’en fait le shériff est un héros…

Y’a aussi Luis Guzman qui, comme Jane Birkin, doit probablement faire exprès d’entretenir son accent à couper au couteau sans lequel Luis Guzman ne serait plus vraiment Luis Guzman…

Et puis il y a Peter Stormare qui ne sait plus quoi inventer pour incarner un méchant tellement il a déjà tout fait, tout montré, toute tenté, tout testé, mais c’est pas grave, Stormare a beau tourner en rond désormais, il reste un méchant qu’on adore retrouver.

Y’a que pour les filles que ça va pas du tout puisque pour incarner les 3 rôles féminins, les directeurs de casting ont jugé bon de prendre trois comédiennes rigoureusement identiques, et du coup c’est totalement déstabilisant de voir trois fois la même tronche mais dans trois personnages différents.

Et, cerise sur le bateau, la mise en scène du coréen Jee-won Kim est complètement barrée, la caméra virevolte, voltige, tournoie, tourbillonne, fonce au ras du bitume, se jette dans le vide, donnant l’impression d’un perpétuel mouvement, ce qui crée l’illusion qu’il se passe tout le temps des trucs de ouf même lors des (nombreux) moments où il ne se passe strictement rien, et c’est un bonus non négligeable pour The Last Stand qui fonctionne sur des recettes tellement old school qu’une réalisation plus classique et moins inspirée l’aurait définitivement plombé.

Alors voilà, Arnold est revenu, ça y est, c’est fait, The Last Stand, c’est un peu son pot de retour, on est venus manger des cacahuètes et boire quelques bières entre copains pour fêter ça, c’était sympa, ça fait plaisir, un peu comme retrouver des vieilles têtes pas croisées depuis longtemps, mais désormais, il va quand même lui falloir viser un petit peu plus haut sil veut continuer à bénéficier de l’indulgence de ses vieux fans.

Publié le mai 6, 2013 with 3 notes ()
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★★
ATTENTION SPOILERS
Grosse, grosse baisse de régime pour ce 7ème épisode de I Am a Hero.
3 raisons à ça:
1) Alors qu’il avait réussi jusque là à contourner les codes du survival zombie pour en livrer une interprétation unique et donc, absolument géniale, Kengo Hanazawa cède ici à la sempiternelle image du camp de survivants dominés par des chefs sadiques, cruels et haineux. Même si les salopards en question sont deux étudiants geek qui profitent de l’épidémie pour prendre leur revanche sur une société qui les a toujours ignoré, le fantôme du Gouverneur rôde inévitablement dans les pages de ce nouveau volume et c’est évidemment décevant.
2) Cette fois, ça y est, c’est trop: même si le concept du manga est de mettre en scène un héros pathétique, pleutre, lamentable, frustré, coincé, obsédé par le respect des règles, là, on en peut plus de le voir aussi débile, aussi incapable d’agir, aussi peureux, aussi lâche. Hideo est en train de devenir franchement antipathique par son incapacité à prendre des décisions et à réagir avec dignité, et il va falloir que Hanazawa accepte de le rendre un peu plus “héroïque” justement s’il veut conserver notre intérêt pour lui, car en l’état, il devient, cette saucisse, un véritable répulsif tellement il énerve à ne jamais rien foutre.
3) Et là, c’est totalement subjectif mais Sango, l’un des deux tyrans du camp de survivants, est croqué comme un type hideux et les traits de crayon de Hanazawa sont à ce point doués pour illustrer la laideur absolue, que cette tronche immonde de saligaud dégénéré m’a mise mal à l’aise pendant toute la lecture. C’est vrai, ça fait un peu chochotte dit comme ça, mais allez savoir pourquoi, le physique de ce personnage m’a gêné jusque dans mes tripes, faudra que j’aille consulter un analyste un jour pour en parler.

3 points négatifs donc qui font de ce volume 7 le moins bon de la série, mais on partait de tellement haut que ça reste quand même plus que très acceptable, d’autant que même si on navigue dans les eaux connues du “l’homme est un loup pour l’homme” quand les barrières de la société explosent, Hanazawa y apporte aussi une tension sexuelle jamais évoquée dans les films ou comics américains, qui apporte non seulement du réalisme à l’histoire mais aussi une idée de l’ampleur des tabous et des frustrations dans la société nippone, et c’est assez fascinant à découvrir.
Et puis il y a LE morceau de bravoure de l’épisode, une virée dans un supermarché, j’allais dire filmée, non, illustrée façon FPS avec cette idée géniale de montrer la scène à travers les différentes protections que portent les protagonistes (masque de paintball, lunettes de ski, casque football américain …), nous plongeant ainsi au cœur de l’action et sublimant l’angoisse qui nous étreint alors, tandis qu’on traverse des couloirs vides d’où peuvent surgir n’importe quand les ZQN.
Excellente séquence qui rattrape un peu le patinage de l’ensemble, et puis il y’a l’idée du ZQN qui saute en hauteur, probablement la plus simple et la plus terrifiante quand on a établi que le seul endroit où l’on pouvait être en sécurité, c’était sur les toits.
Baisse de régime donc, mais qui ne coupe pas pour autant l’envie de rester pour la suite!
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Publié le mai 5, 2013 with 2 notes ()
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En dehors de l’image de Mathilda May qui se balade toute nue pendant une partie du film, je n’avais gardé aucun souvenir de Lifeforce que j’ai du voir peu après sa sortie, soit, euh… il y a quelques temps.

Et encore, je pense que si je me souviens avec tant d’émotions de la nudité de Mathilda, c’est parce que j’ai passé des heures à parcourir frénétiquement les pages du Mad Movies consacré au long-métrage de Tobe Hooper.

En le revoyant, j’ai pigé pourquoi mes souvenirs étaient inexistants. Ce film est un joyeux foutoir portnawak, à mi-chemin entre Alien, La Planète des Vampires, L’Invasion des Profanateurs de Sépulture, le tout à la sauce polar british mais sans pour autant que cela donne un nanar fendard, non, c’est trop décousu et désormais affreusement démodé pour faire de Lifeforce un objet de culte bisseux. En tout cas à mes yeux.
Dan O’Bannon s’est moyen fait chier pour écrire son scénar qui pique pas mal d’éléments à ce qu’il avait créé pour Alien, et si Tobe Hooper se montre assez à l’aise quand il s’agit de faire exploser des décors par la force de la pensée ou de transformer Londres en salle de transit pour âmes humaines vampirisées, il est nettement moins inspiré quand il s’agit de filmer « l’enquête » policière, terne et peu palpitante, en dépit de la musique hystérique d’Henry Mancini, composée par le London Philarmonic Orchestra.
Pas beaucoup d’effet « nostalgie » donc à la revoyure de cette péloche SF assez pessimiste (les années SIDA planent, menaçantes,sur le récit) mais tout le début fonctionne quand même pas mal du tout, notamment grâce aux effets spéciaux mécaniques exceptionnels qui animent de façon ahurissante les cadavres vidées de leur force de vie, des éclairs bleus qui font tout voler en éclat comme dans Poltergeist, et surtout, surtout, grâce à Mathilda, car si je n’avais pas oublié qu’elle passait son temps à poil, j’avais sous-estimé dans mes souvenirs la plastique DINGUE de la comédienne, pourvue de l’une des plus belles paire de seins naturels jamais vue à l’écran.

Tout comme Natasha Hesntridge quelques années plus tard dans La Mutante, Mathilda donne furieusement envie de prendre le risque de côtoyer de très près une race extra-terrestre, aussi dangereuse et létale soit-elle.
Publié le mai 3, 2013 with 2 notes ()
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Jeff Hanneman
1964 - 2013
Publié le mai 3, 2013 with 5 notes ()
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★★★
Cuites, chattes, came et foot.
Voilà autour de quoi tourne la vie de Carl, Billy, Terry et Gally, quatre amis d’enfance qui ont grandi dans une cité ouvrière d’Édimbourg.
Quatre potes que l’on suit pendant 700 pages sur trois décennies, des eighties aux années 2000 et dont les aventures, mélange explosif d’orgies alcoolisées, de violence, de vannes, de coups tordus, d’escapades rock’n’roll, de baises plus ou moins glorieuses, d’échecs, de tragédies et de réussites, évoquent inévitablement Trainspotting mais Irvine Welsh, malin, ne fuit pas la comparaison, au contraire, et, au détour d’un match de foot vu du côté des hooligans, fait se croiser les héros de Glu avec Renton, Sick Boy, Spud et Begbie, soulignant ainsi les points communs (le même environnement social) mais montrant aussi les différences: on est un peu moins loser dans Glu.
La comparaison avec Trainspotting se situe aussi, bien évidemment, dans le style de Welsh, toujours aussi percutant, imagé, vif, hilarant, c’est un débit à la mitraillette, les mots fusent dans tous les sens, claquent, explosent, on passe d’une vulgarité crue lors des innombrables discussions autour du cul à des métaphores d’une subtilité et d’une précision qui ravagent l’estomac pour évoquer la peur de l’avenir, la crainte de ne devenir personne, l’angoisse de perdre ses amis.
Welsh ne décrit pas la vie de ses personnages, il nous la fait partager, nous plonge dedans, dès les premières pages, on sent l’odeur des pubs enfumés, de la mauvaise bière, de la sueur à cause des ecstas, on a mal au ventre tellement ça picole, on a la gerbe tellement ça se défonce, on souffre tellement les lendemains de cuite sont féroces, la violence dans les rencontres de foot, on peut la palper, la détresse des parents impuissants qui voient leurs gamins partir en vrille, on peut la ressentir, pour peu qu’on adhère à l’écriture viscérale et organique de Welsh, pour peu qu’on ait envie de le suivre dans le sordide comme dans le magnifique, alors on peut vivre son écriture, à ce niveau là de perfection dans la description des ambiances, des états seconds et des rapports humains, on est plus dans la lecture mais dans l’expérimentation.
Et si les années 80 puis 90 nous font vivre des moments cultes (dont un voyage à Munich pour la fête de la bière absolument phénoménal), des crises de rire souvent motivées par des gags scatos (le cambriolage avec la flaque de merde!!) et des dialogues dingues qui peuvent disserter pendant des pages et des pages sur les sujets les plus fous comme la longueur d’un prépuce, la dernière partie, les années 2000, déconcerte d’abord par l’arrivée de nouveaux personnages, puis, tandis que se retissent les liens, on reprend pied avec le récit et c’est alors la noirceur, la mélancolie et le tragique qui prennent le dessus, lors d’une virée nocturne folle en compagnie improbable d’une star de la pop américaine, ce sont les fantômes du passé qui se déchainent, hantent les personnages, les confrontent au vide existentiel de leur vie, et tout en décrivant encore une fois les excès les plus hardcore dans la consommation de came et d’alcool, Welsh se révèle superbement émouvant dans sa façon de traiter l’amitié avec tout ce que ça comporte de choix à faire, de couleuvres à avaler, de défauts à accepter, d’efforts à fournir et de coups durs à supporter, et c’est en ça que Glu s’impose comme un roman indispensable et magnifique, sous une épaisse couche de trash, il aborde comme rarement ce qui construit une amitié, ce qui la nourrit, ce qui fait que 4 mecs vont rester potes ou non, vont se perdre de vue un temps pour mieux se retrouver après, vont tout échanger, tout partager, se disputer et se haïr avant de redécouvrir le plaisir incomparable de se poser autour d’une table, pintes de bière à la main, pour parler chattes, cuites, musique, politique, foot et avenir, et se souvenir ainsi que les liens qui unissent des copains, sont bien plus forts et plus tenaces que ce que les mêmes copains ont parfois tendance à imaginer.
Si parmi vous il y a des lectrices qui se demandent encore par quels secrets miraculeux peut tenir une amitié entre garçons, j’ai rarement lu bouquin qui répond de façon aussi juste, vraie, précise et touchante.
Dommage que dans les toutes dernières pages, Welsh, pris par je ne sais quel démon, se lance dans le mélodrame inutile et transforme une tragédie bouleversante en une résolution façon thriller, artifice regrettable et dispensable qui prive Glu du statut de chef d’œuvre absolu comme le fut Porno, la suite de Trainspotting.
Mais on est un rang à peine en dessous, alors ce serait dommage de s’en priver.
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(5220) SATAN’S SLAVE ✖

cousin de fil blanc de Norman J. Warren avec Michael Gough, Martin Potter, Candace Glendenning, Barbara Kellerman, Michael Craze, Gloria Maley, James Bree et Celia Hewitt. Scénario: David McGillivray. Musique: John Scott. Photo: Denis Balkin, Steve Haskett, John Metcalfe, John Simmons et Les Young. Durée: 1h24 - 1976 - 30/4/13 - GRANDE-BRETAGNE - TF: “Esclave de Satan”
ATTENTION SPOILERS
Alors à tous ceux qui, attirés par le mot « esclave » dans le titre du film, vont se précipiter zizi à la main sur cette péloche de 1976 dans l’espoir de scènes de domination, soumission, bondage et autres réjouissances de type satanique la bien, je tiens à préciser d’entrée de jeu qu’il n’y a nulle trace de quelque esclavagisme que ce soit du début à la fin des longues 84 minutes que dure cette bande horrifico-érotico-démoniaco-naze made in britain.
A la place, c’est une ultra-classique, très paresseuse et franchement pète couilles histoire de vieux richard moustachu (Michael Gough, futur Alfred batmanien chez Burton) qui vit dans une grande baraque sinistre avec son fiston fusillé du cortex en compagnie duquel le moustachu pratique des rites sacrificiels nécromanciens, dans le but de faire revivre sa femme disparue le jour de ses 20 ans.

Bon, dès le générique du début, ça sent fort la piètre daube. Le compositeur de la musique, John Scott, visiblement sous influence de stupéfiants, livre une partition piano/hautbois/xylophone radicalement possédée, agressant les tympans (d’autant plus si comme moi dans mon train, vous regardez le film au casque) et tentant avec toute la maladresse grotesque dont il est possible de faire preuve de créer un climat musical inquiétant et censé illustrer les dérives satanistes du scénario.
C’est vrai, dès ces premières notes en forme d’avertissement, il m’aurait été possible de cesser sur le champs le visionnage de ce nouveau navet mais que voulez-vous, c’est plus fort que moi, une cuvée 76, très belle année, je ne peux pas m’en priver même si c’est dès la première gorgée atrocement bouchonné.
Donc je traverse avec courage l’affreux générique et me voilà plongé en plein sacrifice humain, perpétré par un prêtre satanique avec tête de bouc sur la tronche (un prêtre satanique qui n’a pas sa tête de bouc à 50 ans a raté sa vie, c’est bien connu).

Et je suis heureux de constater que la blonde victime à deux doigts de se faire sacrifier est nue et généreusement pourvue en terme de profondeur de bonnet et une nouvelle fois, je me dis que la facilité avec laquelle on pouvait mettre les actrices à poil dans les années 70 compensera l’immédiate médiocrité de la mise en scène et de l’histoire.

La scène suivante nous présente Steven, un jeune bourgeois visiblement dépressif qui respire mal dans son très strict costume.

Il est tellement pale et triste que si le film avait été tourné en 2013, Steven serait surement emo.

Steven est en train de souler une jeune femme avec du vin et la jeune femme dit « vous essayez de me souler avec du vin » et son décolleté prouve que ça ne semble pas être une situation très angoissante pour elle mais lorsque notre gothique dépressif se jette sur elle et lui arrache ses vêtements afin que la caméra de Norman J. Warren puisse cadrer un sein, la jeune femme blonde hurle « Mufle ! » et s’enfuit mais trop tard, Steven va la tuer en lui coinçant la tête dans une porte.

Alors oui, Norman J. Warren, à qui l’on doit des titres aussi bandants que Inseminoid, Les Mutants de la Saint-Sylvestre ou La Terreur des Morts-Vivants, semble avoir un objectif précis lorsqu’il se lance dans la réalisation de Esclave de Satan : montrer les seins de toutes les actrices qu’il filme, peu importe le moyen.
Ainsi, lorsque vers la fin du film, nous est raconté le trauma de Steven et qu’un magnifique flashback nous le montre en train de trucider une autre femme, on voit le Steven planter son couteau dans le chemisier de sa victime et plus il plante plus le sang coule et à un moment, il a tellement enfoncé son couteau dans le ventre que le chemisier s’est ouvert, le soutif a glissé et un sein s’est enfui dis donc.
Je trouve ça assez fort comme pari que s’est lancé Norman J. Warren et bien sûr très heureux qu’il soit parvenu à le relever.
Bref, après la double intro avec meurtres de femmes, voilà notre héroïne Catherine qui annonce à son mec qu’elle va pas être avec lui pour ses 20 ans puisqu’elle s’en va avec ses parents rencontrer un vieil oncle éloigné et son fils.
Bon, malheureusement, à peine arrivés devant le domaine familial, voilà que le papa de Catherine ressent une très violente migraine inexpliquée, lâche le volant, là ça devient très abscons car la voiture percute un arbre à au moins 1,2 kilomètre à l’heure, ça fait à peine bong (et j’ai une pensée pour le mec qui a loué la caisse et a promis au vendeur qu’il la lui rendrait intacte) mais à l’intérieur, la maman de Catherine est complètement en sang, le papa tout désorienté, Catherine court chercher de l’aide et là…

Boum.
La voiture explose avec les parents dedans.
L’explosion la plus triste du monde. Après un mini bong dans un arbre.

Catherine, évidemment désespérée (c’est-à-dire que pendant 21 secondes elle va faire des yeux tristes en disant « mais c’est impossible) est donc recueillie par son oncle Alexander (Michael Gough) et le fameux cousin Steven.

Y’a aussi Frances, une secrétaire complice des méfaits de ses employeurs et je réalise en écrivant cela qu’on ne voit pas ses seins à Frances. C’est terrible, Norman J. Warren a finalement échoué.
A partir de là, il se passe que des trucs complètement nuls avec, en gros, et pour vous faire un résumé très résumé, Steven qui veut niquer sa cousine mais Alexander veut pas parce qu’il a bien l’intention de se la pécho le jour de ses 20 ans pour la sacrifier et Frances, amoureuse de Steven, veut pas non plus qu’il lui préfère la Catherine et fera donc tout capoter avant de terminer clouée à une porte un couteau planté dans la bouche.

C’est aussi palpitant en terme de rythme et de dynamique de mise en scène qu’un épisode de Derrick, mais heureusement, à l’inverse de la très chaste série allemande, Esclave de Satan s’offre régulièrement des visions absurdes (Catherine peut avoir des « pressentiments », c’est-à-dire qu’elle se met à cligner des yeux et à remuer ses cheveux au vent pour avoir ses visions) de sacrifices cheapos au possible mais inévitablement généreux en filles à poil.
Ainsi, en pleine balade champêtre, Catherine voit comment, bien des années auparavant, une sorcière a été brûlée par des gens de l’église à l’endroit même où elle se trouve.

C’est chouette parce que la sorcière est une belle blonde à gros seins et ses assaillants la déshabillent histoire de nous prouver qu’elle a beau être sorcière, elle n’utilise pas de teinture pour les cheveux, et une fois tous poils pubiens dehors, la sorcière se fait torturer avec moult gros plans sur sa réjouissante anatomie.

C’est une très jolie scène, pleine de poésie, mais un peu gênante à voir dans le train.

Mais elle ne sera pas la pire. A un moment, Catherine prend tellement de médocs qu’en plein délire, elle voit un autre sacrifice (mais on comprend pas bien de qui il s’agit)et là, carrément, on flirte avec le porno soft puisque la victime entièrement nue et pas du tout épilée (vive les seventies), se fait caresser le corps par une autre femme toute nue également, boulotte et bourreau, et quand le rituel démoniaque inclus un bisous-chatte, je me retrouve obligé de tourner mon écran de façon à ce que personne ne puisse voir ce que je suis en train d’y projeter tant c’est aussi embêtant que déformant pour mon jean.

Ouf, il n’y aura pas d’autre dérapage aussi corsé.
A la place, un peu de gore improbable qui surgit d’un coup (un mec que j’ai pas su qui c’était jusqu’à la fin du film se jette du toit de son immeuble et s’écrase en bas dans une explosion de caoutchouc et de bidoche !!)…

…et des incohérences scénaristiques délicieuses, comme ce moment où, après avoir attendu des années pour réussir son expérience nécromancienne, Michael Gough voit sa proie s’enfuir et crie à ses sbires de la ramener « morte ou vive », ce qui fait bien ricaner quand on sait que morte, elle pourra plus lui servir à accomplir le seul dessin qui lui anime les poils de la moustache.

Oui, j’en conviens, ça fait une piètre raison de ricaner. Mais vous préférez quoi, vous bidonner mollement à cause des conneries d’un scénario à deux balles ou profiter du superbe ciel qu’offre cette veille de 1er Mai ?

Donc plan-plan, à grands renforts de bâillements à s’en décrocher la lune, on progresse vers la fin de cette délicate bouse, on pioche ici et là des dialogues délectables (« je suis toute mouillée, je dois enlever ma jupe » dit Catherine à son oncle qui la rassure à ce propos : « tout se passera bien ma chère, vous êtes entre de bonnes mains »), on se marre en découvrant l’ampleur du budget mis à disposition de Norman J. Warren (une baraque et le parc qui l’entoure pour seuls décors, soit moins que la plupart des pornos français de la même époque) et jusqu’au bout, mais vraiment au bout du bout, le compositeur John Scott pète les plombs avec son piano et son xylophone et rarement j’ai entendu bande originale aussi pérave.

Mais ça vaut le coup de rester jusqu’à la fin parce que pour conclure le film, le scénariste nous assène deux retournements de dingue, deux twists coup sur coups comme deux tranches de fromage dans un Royal Cheese, et putain, c’est tellement incohérent, fou, lamentable et intellectuellement inacceptable qu’il est impossible de ne pas éclater franchement de rire devant ces rebondissements aussi naturels que les seins des candidates de télé-réalité.

Et pour ceux qui auraient encore des doutes sur le sérieux de l’équipe qui a commis ce film, le générique de fin, réduit à un seul carton, se révèle implacable, Steven (en anglais Stephen) étant écrit, en gros et en face du nom du comédien : STEPEHEN.
Ça permet de donner une idée quant au professionnalisme de l’équipe et son implication dans le projet, tout le monde devant très certainement être concentré uniquement sur les passages où il faudrait mettre les filles toutes nues.

Publié le avril 30, 2013 with 1 note ()
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Publié le avril 30, 2013 with 3 notes ()




